KUN (B.)


KUN (B.)
KUN (B.)

KUN BÉLA (1886-1939)

Fondateur du Parti communiste hongrois. Le père de Béla Kun est un petit employé communal d’origine juive, non pratiquant, très attaché à la tradition radicale et nationaliste de Kossuth. Après avoir fait du journalisme, Kun accède à la direction de la Société ouvrière d’assurances de Kolozsvár et fonde une coopérative ouvrière de construction. Il est élu en 1913 délégué au congrès du Parti social-démocrate hongrois. C’est au cours de cette période qu’il se familiarise avec les œuvres de Marx, d’Engels, de Lassale, de Bebel.

Fait prisonnier sur le front russe et interné en juin 1916 à Tomsk en Sibérie, il participe à un de ces nombreux cercles marxistes de discussion constitués dans les camps par de jeunes officiers et sous-officiers, intellectuels et syndicalistes, en liaison avec le mouvement ouvrier russe. Au début de 1917, les cercles des camps sibériens établissent des contacts étroits avec les partis bolchevik et menchevik. Kun adhère probablement au Parti bolchevik au printemps de 1917. Entre avril 1917 et novembre 1918, il publie de nombreux articles dans les Sibirskii Rabochii de Tomsk, puis dans la Pravda . Béla Kun comprend immédiatement la portée internationale de la révolution prolétarienne en Russie et publie plusieurs articles où il tente de dégager les axes de développement de la révolution en Allemagne et en Autriche-Hongrie.

En accord avec l’argumentation de Boukharine, il s’oppose à la signature du traité de Brest-Litovsk.

Kun rencontre Lénine à Petrograd en décembre 1917. On le charge de la propagande internationale au sein du commissariat aux Affaires étrangères, où il devient un des principaux organisateurs de prisonniers de guerre. Le 24 mars 1918, il fonde le groupe communiste hongrois du Parti communiste bolchevik; de tous les groupes étrangers, celui-ci est le plus nombreux et le mieux structuré.

En novembre 1918, il parvient à Budapest sous un faux nom et jette les bases du Parti communiste hongrois avec d’anciens prisonniers de guerre, quelques militants anarchistes, syndicalistes et socialistes de gauche. La conférence de fondation du parti est convoquée le 24 novembre, et le journal Vörös Ujság (Le Drapeau rouge ) paraît dès le 7 décembre.

Le 3 février 1919, le Parti communiste hongrois fomente une insurrection, qui échoue, et le comité central du Parti, dont Béla Kun, est arrêté. De sa prison, Béla Kun négocie un accord politique avec la gauche social-démocrate. Il parvient à imposer formellement à la social-démocratie l’intégralité de son programme, mais consent, malgré les assurances données à Lénine, à aliéner l’indépendance politique du Parti communiste hongrois au profit d’un Parti socialiste hongrois unifié.

Lorsque, le 21 mars, la république des Conseils est proclamée, Béla Kun dirige le commissariat aux Affaires étrangères. Il apparaît d’emblée comme le principal dirigeant du Conseil gouvernemental, mais ne parvient pas à tirer parti de cet avantage: la dissolution du Parti communiste hongrois dans le Parti socialiste unifié fait obstacle à l’éviction de l’appareil réformiste.

Kun perd le soutien de larges couches de la paysannerie et de la petite bourgeoisie lorsqu’il préconise la collectivisation intégrale et immédiate du commerce de détail et celle des grands domaines.

Le 14 juin, lors du Ier congrès national des Conseils, Kun fait voter, en réponse à l’ultimatum de Clemenceau, le retrait de l’armée rouge hongroise de Slovaquie, alors que la république des Conseils y est proclamée le 15.

Convaincu que le mouvement de la révolution sociale en Europe conduira irrésistiblement à la victoire des conseils, Kun fait reposer sur l’activité spontanée de ceux-ci la tâche de contrôler ou d’évincer la bureaucratie social-démocrate. Cette conception, soutenue par les communistes hongrois de l’ultra-gauche, devait mener à la pratique du putschisme.

À la fin du mois de juillet, l’armée rouge hongroise est en déroute; Kun considère que l’échec de la liaison militaire avec la Russie soviétique résulte du «sabotage» de Rakovsky. Le 2 août, Béla Kun, une équipe de militants et d’anciens commissaires de la Commune parviennent à gagner l’Autriche, où ils sont placés sous surveillance de la police. Le même mois, Béla Kun regagne la Russie; il y publie une brochure qui reprend la plupart des critiques formulées par l’Internationale communiste sur son action pendant la Commune (fusion du Parti communiste hongrois et de la social-démocratie, collectivisation intégrale des terres et du commerce de bétail, concessions au nationalisme petit-bourgeois).

À l’automne de 1920, nommé gouverneur militaire de Crimée, Béla Kun est vertement tancé par Lénine pour avoir fait exécuter, en dépit des ordres contraires, des officiers de l’armée blanche et des soldats de Makhno, dont il s’était préalablement assuré le concours. Les dirigeants bolcheviks auraient menacé de le faire fusiller.

Malgré l’opposition de Paul Levi, de Klara Zetkin et de quelques autres dirigeants communistes allemands, Béla Kun est chargé par Zinoviev et par les partisans de l’«offensive révolutionnaire» de préparer l’«action de mars» en Allemagne: à l’occasion de l’occupation de la Saxe par le gouvernement prussien. Kun appelle dans Rote Fahne à la grève générale et à l’armement du prolétariat; il s’ensuit de vifs affrontements et une sévère répression sans que la masse des travailleurs ni même la totalité des sympathisants communistes se soient mobilisés. C’est, d’après Paul Levi, le «plus grand putsch bakouniniste de l’histoire». Dès son retour à Moscou, Béla Kun doit affronter la colère de Lénine, indigné par une «tactique gauchiste aussi stupide».

L’action de mars envenime les rapports entre Kun et l’opposition au sein du Parti communiste hongrois émigré; mais le dirigeant communiste hongrois, membre du bureau restreint de l’Internationale communiste depuis le début de 1921, parvient, avec l’appui de Zinoviev, à faire confirmer ses responsabilités.

La résistance de la fraction Landler aux mesures disciplinaires dont elle fut l’objet contraint Zinoviev à ouvrir le dossier des accusations d’«irresponsabilité politique» et des insinuations infamantes dirigées contre Kun; toutefois, un jury de trois membres (Boukharine, Lounatcharski, Sokolnikov) disculpe le fondateur du Parti communiste hongrois, et le Comité exécutif de l’Internationale communiste exclut certains des ennemis les plus acharnés de Béla Kun. Pour atténuer les différends fractionnels, Lénine décide, en avril 1922, d’envoyer Kun en mission dans l’Oural comme responsable de l’agitation et de la propagande.

Après la mort de Lénine, et jusqu’à son arrestation par Staline, Béla Kun se range sans discontinuer à l’avis de la direction du parti et de l’Internationale communiste, d’abord contre Trotski, puis contre Zinoviev et contre tous les opposants de Staline. Dès 1928, Kun perd tout contrôle sur le Parti communiste hongrois de l’«intérieur» au profit de la fraction Landler, mais continue à exercer son ascendant sur les vieux communistes hongrois émigrés en Union soviétique. C’est également en 1928 qu’il parvient à maintenir sa position au Comité exécutif de l’Internationale communiste en se désolidarisant de Boukharine. La disgrâce de Béla Kun commence en 1929 avec la publication d’une histoire stalinienne de la république hongroise des Conseils. Il semble que Kun se soit opposé en 1934 à la politique de liquidation du Parti communiste allemand. En 1936, le Parti communiste hongrois est démembré. En mai 1937, lors d’une réunion du Comité exécutif du Komintern, Manouilski et Dimitrov dénoncent l’«irrespect du citoyen Kun» à l’égard de Staline et l’accusent d’entretenir des relations secrètes avec la police roumaine. Il est aussitôt gardé à vue par le N.K.V.D. Béla Kun sera arrêté en juin; il aurait été exécuté le 30 novembre 1939 dans la prison de la Lubianka, après avoir été torturé. Il sera officiellement réhabilité en 1956; et, en 1964, pour le 45e anniversaire de la république des Conseils, sa mémoire sera célébrée par la presse et les instances dirigeantes du Parti socialiste ouvrier hongrois.

Encyclopédie Universelle. 2012.

Regardez d'autres dictionnaires:

  • KUN — ist eine japanische Anrede eine Lesweise der japanischen Kanji, siehe Kun Lesung Kun ist der Familienname folgender Personen: Béla Kun (1886–1939), ungarischer kommunistischer Politiker Roland Kun, nauruischer Politiker Ruben Kun, nauruischer… …   Deutsch Wikipedia

  • Kun — ist eine japanische Anrede eine Lesweise der japanischen Kanji, siehe Kun Lesung ein Berg im Himalaya, siehe Kun (Berg) das dazugehörige Massiv, siehe Nun Kun Massiv Kun ist der Familienname folgender Personen: Attila Kun (* 1949), deutsch… …   Deutsch Wikipedia

  • Kun — may refer to:* Kun () and Peng, two forms of a creature from Chinese mythology * Kun is in Finnish mythology * Kunqu or Kun Opera, a Chinese opera genre * kun (), a Japanese honorific * the kun yomi () reading of Kanji * one of a pair of mountain …   Wikipedia

  • kunþa- (1) — *kunþa (1), *kunþaz germ., Adjektiv: nhd. bekannt; ne. known; Rekontruktionsbasis: got., an., ae., afries., anfrk., as., ahd.; Etymologie: vergleiche …   Germanisches Wörterbuch

  • kun — kuñ interj. kvar, kum (apie varlės balsą): Varlės prūde kunkia – kuñ kuñ kuñ Skr …   Dictionary of the Lithuanian Language

  • Kun — Kūn Trigrammes Yi Jing Bāguà sin. pinyin on yomi ☰ 乾 qián …   Wikipédia en Français

  • Kun — Saltar a navegación, búsqueda Kun es la isla más oriental, y la mayor del archipiélago de Sinoa, perteneciente a la República de los Estados Federados de Micronesia, situados en el Océano Pacífico. El nombre de la isla procede del idioma sinoano… …   Wikipedia Español

  • Kun — Kun,   Khun, Béla, ungarischer Politiker, * Cehu Silvaniei (Siebenbürgen) 20. 2. 1886, ✝ in Sibirien 30. 11. 1939 (?); Journalist, schloss sich in russischer Kriegsgefangenschaft 1917 den Bolschewiki an und gründete nach seiner Rückkehr am 24. 11 …   Universal-Lexikon

  • Kun — (izg. kȗn), Béla (1886 1939) DEFINICIJA mađarski komunistički revolucionar, na čelu socijaldemokratske vlade 1919. koja proglašava Mađarsku Sovjetsku Republiku, ruše ju čehoslovački i rumunjski intervencionisti; emigrirao u SSSR gdje je postao… …   Hrvatski jezični portal

  • kunþa- (2) — *kunþa (2), *kunþaz germ., Adjektiv: Verweis: s. *kunda s. kunda Ⅰ; …   Germanisches Wörterbuch


We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.